Horizon est un projet de recherche théorique et artistique porté par Karine Sahler.

Lors de mon entretien d’entrée au TNS, j’exprimais à Stéphane Braunschweig mes réticences paradoxales à intégrer un établissement aussi élitiste. Il me répondait, ironique “vous voulez faire du théâtre dans les banlieues”. Et moi je pensais : ce n’est pas parce qu’on monte du Brecht qu’on fait un théâtre politique. Il faut s’interroger sur les conditions de production, d’un côté, et sur les publics, de l’autre. Olivier Neveux dans son très récent ouvrage, Contre le théâtre politique, décortique et critique les relations très complexes du théâtre et de la politique dans la France d’aujourd’hui, notamment les paradoxes d’un art public, entièrement financé par l’Etat, l’argent public, mais qui doit déployer des efforts considérables pour le rester, public, et s’adresser à tous.

Dans mon DEA de géographie, j’ai tenté d’interroger des politiques participatives menées par des grands organismes internationaux à Madagascar pour la gestion de la forêt. ces politiques se présentaient comme particulièrement innovantes car elles étaient participatives. Or j’essayais de montrer qu’elles échouaient tout autant que les politiques descendantes avec lesquelles elles voulaient être en rupture puisqu’elles étaient fondées sur un paradigme et une pensée résolument héritée des MOdernes, et qu’elles cherchaient à s’imposer à des personnes qui s’inscrivaient dans un cadre de pensée radicalement différent. Pensée de la nature, pensée du contrat, pensée de l’homme et de sa place dans l’univers etc.

Depuis les années 2000, un grand renouvellement de la pensée en écologie, en philosophie, interroge ce moment dans lequel nous sommes probablement d’une évolution radicale des paradigmes de vision du monde. La crise écologique actuelle amène à penser le monde différemment. certains n’hésitent pas à dire que nous sommes à une étape aussi cruciale que la Renaissance .Nous avons besoin de nouveaux cadres, de nouvelles visions et de nouveaux modes de représentations pour penser la Terre, les hommes, l’humain, la relation avec le vivant, etc. Ce champs de recherche est particulièrement vivace dans tout ce qui concerne l’écologie et la philosophie.

Comment ces deux pans de réflexion s’articulent ils?

Je suis persuadée qu’il y a un lien.

Que les interrogations que l’on se pose dans les établissements culturels aujourd’hui : comment amener plus de public, comment s’adresser à tous, en déployant énormément d’efforts. Que les difficultés que l’on rencontre, notamment en banlieue et en milieu rural, dans le spectacle vivant. la manière dont on envisage les artistes, les lieux, le public etc. ont partie liée à cette conception de la culture et de l’art elle aussi héritée des Lumières et qui doit être repensée aujourd’hui. Bien sûr, elles sont liées probablement à bon nombre d’éléments contextuels de la société d’aujourd’hui (écrans, distractions en tout genre etc). Mais je sens qu’il y a là un questionnement à mener, portant sur le lien, la place de la culture et de l’art, dans la refondation paradigmatique du monde qui est en partie à l’oeuvre aujourd’hui. Que l’interrogation sur le rapport à la nature pour les humains, interroge aussi le rapport à la culture et à l’art.

Horizon est un projet de recherche qui s’inscrit dans une réflexion de fond sur ces questions, dont je sens le potentiel de recherche, et qui est encore à formuler.

Il prendra des formes diverses et se présentera sous des formes hybrides, écrites et scéniques.