Partir en résidence au début d’un projet. Ne pas bien savoir ou l’on va. Ne pas se laisser avoir « on a un plateau, il faut rentabiliser » : non, cette semaine de résidence, c’est justement pour ça !
Pour se poser. Pour réfléchir.
La chance de pouvoir s’extraire un peu du quotidien, des taches domestiques, de la famille, de la gestion courante de la compagnie, de tout ce qui est en cours!
La chance de pouvoir s’isoler, il faudra bien s’en saisir, et ne pas se laisser happer par l’ordi, le téléphone, les mails.
Prendre le temps de lire, d’écrire, de parler, des réfléchir, de formaliser, peut être déjà d’essayer des choses pour avancer.

Revendiquer cela : pouvoir aller lentement.
Malgré le fonctionnement de l’institution, de l’économie théâtrale (si publique, et donc si institutionnelle, et donc si organisée selon des règles fortes, explicites et surtout implicites, mais très puissantes et auxquelles on a (j’ai!) fortement envie de se soumettre pour y arriver : mais arriver à quoi?), revendiquer cela : prendre le temps. Créer par nécessité et non parce que la crédibilité ou l’attention dont on bénéficie maintenant ne dureront pas, qu’après la première créa on va nous attendre au tournant, que le réseau se demande bien ce qu’on va faire d’autre, qu’il faut tout de suite y aller, avancer, proposer. Créer parce qu’on a quelque chose à dire et que, à un moment, ce quelque chose trouve une forme, imparfaite, provisoire, mais suffisamment organisée, ou belle, ou urgente, pour pouvoir la partager.

Cultiver cela : prendre le temps, ne pas se précipiter.
Cultiver cela contre nature, alors que je suis si compétitive, si sensible à la comparaison. Ne pas écouter la petite voix qui s’affole quand je discute avec une telle ou un tel, que je vois ce qu’il ou elle fait qu’on ne fait pas. Pire, ne pas écouter ma tête qui fait la liste de ce qu’on aura du faire pour ci ou pour ça et qui s’affole de n’avoir pas réussi à avoir le temps, les capacités, la volonté de le faire et de le faire bien.
Rester centrés sur les véritables objectifs. Les véritables motivations de ce projet (le spectacle, la compagnie, un autre spectacle).

Tout à l’heure je parlais avec Jérome, notre ami, maraicher de son état.
La même chose : faire les choses tranquillement! Il ne sert à rien de s’affoler, de multiplier les projets (et pourtant ils en ont, des projets en cours). De se comparer (les autres ont déjà commencé les semis? et alors).

Ne pas oublier les véritables priorités. Certains partent et ne seront plus jamais là. On les pleure, on les aime, on y pense, mais il ne seront plus jamais là. D’autres arrivent et leurs premiers souffles, leurs premiers sourires, leurs petites mains potelées, leurs remarques qui fusent, leurs gouffres, leur puissance : c’est maintenant qu’on peut le vivre avec eux, et ça ne reviendra jamais. C’est maintenant qu’on peut en être bouleversés, par l’amour à l’état pur.
Et je ne veut pas dire qu’il faut tout abandonner pour se refermer sur nos petits cercles d’affectivité. Non, au contraire. Moi j’ai envie de foncer, de faire les choses que j’aime. Mais attention à la manière.

Voilà, ceci est une note pour moi-même, en fait, mais je la partage quand même. Je crois qu’on est pas mal à réfléchir à tout ça et à essayer de s’en rappeler.

 

2 commentaires sur « En travail #17/ Prendre le temps »

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