Il est 20h, on est le 5 avril. J’écris depuis le coin d’une table absolument vintage et qui j’imagine pourrait être rachetée des fortunes pour meubler un beau café parisien cosy qui ressemblent à la maison et dont je ne sais plus qui analysait l’autre jour qu’ils accentuent une forme d’entre soi (si le café n’est plus un espace de mixité sociale, ou du moins de côtoiement de la mixité, qu’est ce qui reste?), mais c’est un autre sujet.

Cette table est située dans une pièce aveugle, en long, construite en parpaings peints en blanc, meublée de trois énormes réfrigérateurs de collectivités, d’une petite table de coin surplombée d’un four-plaques flambant neuf, et dans le coin, un bloc-évier comme on en trouve dans les studettes louées une fortune aux petits étudiants fraichement débarqués de leur province.

Derrière la porte, Tony est en train de monter les projecteurs supplémentaires qu’on vient d’aller chercher à Henrichemont pour tester les idées qu’il a eu cette après midi, il a mis Monster Tango à fond, et moi je cuisine pour le dîner.

On est en résidence à la Forge, à Aubigny sur Nère, une ancienne usine devenue lieu de spectacle – par encore complètement identifiée comme telle par les habitants apparemment. Le lieu est grand et très agréable, mis à part quelques désagréments mineurs (bon soyons honnête : ça caille grave, et le fermier du champs d’en face est en pleine opération d’épandage ce qui rend toute tentative de pause à l’extérieur assez difficile sur le plan respiratoire). On y est super bien accueillis par le directeur culture de la mairie, Julien Guinebault.  Depuis 3 jours, on expérimente des lumières pour Violences Conjuguées. Et c’est pas évident, comme je le disais sur notre page FB tout à l’heure. Pour au moins 3 raisons :

  • le texte n’est pas du tout fini
  • on doit créer deux versions – aisément transportable partout même dans des lieux non équipés/ dans des belles salles de théâtre
  • on a pas tous les moyens financiers de nos envies

Mais il y a d’autres raisons qui compliquent un peu les choses et qui m’amènent au titre de cet article. Les maquettes. Les maquettes, ce qu’elles apportent de bon et ce qu’elles apportent de fragilisant.

Depuis le début du travail, on a déjà présenté de ces « étapes de travail » 3 fois : en mai 2016 au théâtre Paris Villette et au Luisant, en novembre 2016 au Centquatre, en mars 2017 à La Riche. On est une jeune compagnie (septembre 2016!!!), et même si on a chacun (Bryan Polach et moi), un parcours derrière nous, qu’on a du coup un projet artistique, intellectuel, éthique, politique (et oui je me la pète mais je pense que tout ça va ensemble) assez défini, ben on est une jeune compagnie. Donc il faut montrer notre travail. Un dossier, c’est bien, mais c’est pas suffisant, il faut de la scène, du concret, pour donner envie à des gens de faire de choses avec nous, à d’autres de nous soutenir, et à d’autres enfin de nous programmer.

Alors on a fait des maquettes, et on a eu de la chance, on a pu en faire dans des lieux très identifiés dans lesquels il a été beaucoup plus facile d’inviter les professionnels que si nous avions du le faire uniquement dans les petits lieux de notre belle campagne.

Et on a eu de la chance car ça nous a permis de rencontrer des gens super, et aussi d’en convaincre d’autres de nous suivre.

Je ne parle pas là de sorties de résidences durant lesquelles on présente au public le résultat de notre travail, qu’ils puissent voir en face à face à quoi l’argent public qui est le leur a été utilisé (pour financier la salle voir une résidence payée dans le meilleur des cas, ou des intermittences etc), et leur donner l’occasion d’en discuter. Cela malheureusement on l’a pas encore fait. Nos maquettes, c’était des présentation pour les pros (et les amis qui sont venus! – et au Luisant un peu de leur public aussi).

Mais ce jeu est aussi un peu dangereux. Car à l’issue de ces maquettes, et c’est aussi fait pour ça, on a les retours. Encore et encore, on a eu de la chance, car on a eu de bons retours. Et des retours très constructifs, qui nous ont fait avancer, trouver des pistes.

Mais il y a eu des petites phrases, des limites, des réserves, pas celles qui portent sur les points qu’on a identifiés nous aussi comme des faiblesses majeures de la construction dramaturgique ou de la mise en scène, mais celles qui correspondent à des manques de confiance perso. Pour les premières, parfois comme je disais à La Riche, on a aussi identifié la faiblesse mais on a pas encore trouvé de meilleure solution que ce qu’on propose actuellement. Pour celles ci j’espère que la nuit les rêves et le travail porteront leurs fruits.
Pour les autres ben faut plus y penser et ne pas les laisser faire un petit trou, le petit trou qui fait que quand on cherche on y va un peu moins franchement.

Les yeux fermés mais avec confiance, avancer sans filet  : j’ai fait cramer les carottes mais je vais essayer de me tenir à cette devise qui est la mienne depuis le début.

Karine.

 

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