Après plusieurs mois d’interruption, on s’est remis au travail.

En mai dernier, on jouait à Paris au Théâtre Paris Villette et au théâtre du Luisant une première maquette de notre travail.
Soulagés d’avoir réussi à donner existence à une recherche qui avait commencé depuis des mois, et qui n’avait pas toujours été facile. Demander à des personnes de raconter un passé lointain, douloureux, souvent enfoui, les enregistrer. Se retrouver avec des pages de matériau brut, dont on sentait qu’il était riche, mais pour lequel on avait aucune idée de la forme théâtrale qu’il pourrait prendre.

Bilan d’une année de travail à la table et au plateau. 

Nous avons :

  • rassemblé et retranscrit les archives, tenté d’établir une chronologie des faits, ceux sur lesquels on peut avoir des certitudes.
  • travaillé un certain nombre d‘improvisations : scènes d’enfance, de vie quotidienne, de rêves d vies antérieures, de rencontres avec la thérapeute, de visites au père génétique.
  • beaucoup travaillé les documents d’enquête et les interviews : qu’en faire? Les lire/ les projeter/ les enregistrer et projeter le son pendant qui’l se passe autre chose sur scène (comme des réminiscences venant hanter le personnage), les jouer
  • ce faisant, beaucoup coupé dans les longues interviews tout en tentant de garder le rythme si particulier à chacune et la langue des personnages
  • exploré le corps, la mémoire non-dite et dont les traces sont dans le corps, avec Bintou
  • énormément parlé de nos questions sur l’histoire, les aspects tabous  et tendus de notre histoire, (colonisation, guerre d’Algérie), et le parallèle avec ce récit individuel et familial
  • construit une première trame narrative
  • dessiné un personnage central / les personnages secondaires, à partir des personnes réelles mais en créant e la fiction
  • trouvé un simple élément de décor autour duquel tout s’articule
  • testé une première mise en lumière

Reprise du travail (l’objectif étant une maquette pour le festival Fragments au 104 en novembre 2016, et une création en 2017-2018).

2 Intentions

Intention 1 : articuler la structure. 

  • Retravailler le début. 

En particulier la scène du casting, qui va changer de place voir être supprimée (elle induit en erreur par rapport au propos = on a l’impression qu’il s’agit du récit de la vie d’un comédien / on ne comprend pas qu’elle évoque la violence du rapport à l’évaluation, et en creux les attentats de novembre = elle ne joue pas pleinement son rôle).

  1. Questionner la fin. 

On a fini la première maquette sur une scène importante avec la thérapeute, et une danse qui s’en suit. Cela avait un côté coup de poing, et une fin à la fois émouvante, ouverte, sans mots. On voit difficilement ce qui pourrait s’enchainer après cela. MAIS : d’un point de vue dramaturgique ce n’est pas forcément juste : cette scène – révélation pour le personnage de la difficulté qu’a représenté le fait de devoir dire à son père qu’il n’était plus son père, car il allait être adopté par un autre homme, n’est dans son parcours de réconciliation qu’une étape. Il y a la suite, la reconstruction. De plus, cela conclut sur une déclaration d’amour au père et, oui, cette parole a besoin d’être dite (le petit garçon aimait son papa, car c’était son papa, tout simplement, quoi qu’il se soit passé), mais, la mettre en conclusion du spectacle est peut être un peu trop fort.

3) Ajouter de nouvelles scènes. 

On ne cherche pas à rallonger le spectacle  : actuellement presque une heure, il en fera probablement un tout petit peu plus, mais pas davantage d’une heure et de mie ( un comédien seul en scène + difficulté du thème : plus serait trop). En revanche on trouve que ça manque de matière sur deux plans :

  • le quotidien du personnage, son rapport à la violence dans la vie de tous les jours. c’est ce qu’on voulait exprimer avec la scène du casting. Un rapport épidermique à la violence qui ressort dans les situations d’évaluation (casting), de violence des rapports de classe sociale (ne pas obtenir de prêt à la banque!), de violence dans la rue, avec son enfant (hantise de ne pas reproduire des gestes, des paroles et des schémas d’éducation)
  • le lien petite et grande histoire.

Par ailleurs, il manque des personnages. Plusieurs interviews n’ont pas été exploitées (celle du père adoptif, celle de la soeur ainée). On a gardé les archives dans la première maquette uniquement sur le récit d’un épisode en particulier. Or les récits de la soeur et du père adoptif soulignent des dimensions beaucoup plus complexes et douloureuses, comme le fait que la violence avec le père vient s’ajouter pour la mère à une longue liste de violences vécues auparavant dans sa vie (= on ne peut pas se contenter de dire « c’est la faute à pas de chance, elle est tombée sur un gros salaud », c’est plus complexe puisqu’il y a une certaine répétition = c’est difficile à assumer vis à vis de la mère car on ne voudrait pas lui donne l’impression qu’on met en doute sa parole sur cet homme #cestpasfaciledetravaillersurdumateriauautobiographique), ou le fait que la soeur ainée a de très bons souvenirs de cette période (= là aussi c’est difficile de mettre en regard ces souvenirs heureux avec les épisodes dont on a la trace, y compris par des documents hospitaliers et judiciaires, sans se dire ni que la mère a menti, ni que la soeur embelli le passé car elle avait besoin à ce moment là de ressentir quelque chose de joyeux dans sa vie).

Intention 2 : articuler petite et grande histoire :  travailler l’idée que le parcours de ce personnage fait écho aux aux problématiques de violence / mémoire dans la société.

Pour le moment cette réflexion est présente par le biais de flashs/rêves/vie antérieures (la guerre d’Algérie, un chevalier – peut être aussi les croisades). Nous avons beaucoup réfléchi à ces questions en nous intéressant, lors d’un voyage à l’Ouest du Canada, aux communautés indigènes  (mémoire de la violence, héritages, désirs d’union/ de lutte).

Je ne veux pas rendre cette dimension plus explicite.

Mais continuer à la faire apparaitre, et probablement davantage dans le décor, la lumière. certes il faut que le spectacle reste léger car nous voulons pouvoir le jouer dans à peu près n’importe quel endroit, y compris la rue. Cependant je visualise de plus un plus un décor et es lumières qui donneraient l’impression à certains moments que le personnage est perdu dans une immensité. Celle d’un paysage ou celle du passé, de l’histoire.

Relire Incendies, de Mouawad, et notamment la postface dans laquelle il explique comment il articule fiction et histoire.

Relire aussi Annie Ernaud, les premiers livres surtout.

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