On entame ce lundi 4 avril notre 3e semaine de résidence d’écriture au théâtre de Nanterre-Amandiers.

On a terminé celle de mars avec un premier déroulé... et de nouvelles idées qui bousculent à la fois la structure du texte, la construction scénique, et les enjeux dramaturgiques. On aborde le travail un peu inquiets de trouver une nouvelle forme à tout cela. Les intentions sont là, les intuitions très claires mais saurons-nous leur donner corps?

Dès le premier jour, les inquiétudes se dissolvent : dans le travail, on trouve, très vite. Le récit se construit clairement : la trame, tout le temps, c’est le parcours du personnage, dans sa vie d’aujourd’hui. Et il est traversé, au milieu des situations les plus invraisemblables ou au cours d’une insomnie, par des bribes des récits de ses proches, de réminiscences anciennes ou d’obsessions en boucle.
Son paysage mental, émotionnel, imaginaire est présent.

Il faut fluidifier ces incursions par le jeu, et on les construira aussi avec la lumière et le son (nous n’avons pas de moyens techniques pour le moment).
Mais le schéma est là, je le crois juste, et clair.

Au bout de 3 jours on a 40 minutes relativement fluides.
On peut attaquer le détail : retravailler les scènes (et toujours le plateau amène des précisions dans l’écriture, on taille, on change, on enlève, on réécrit), le corps, les temps.

Votre projet, m’a dit une amie l’autre jour, c’est une histoire de la violence.
Oui : une histoire de la violence, vue par un homme. A la violence dont sa mère est la victime, s’ajoute la culpabilité de ne pas l’avoir protégée. il n’avait pourtant qu’un an quand elle a été à l’hôpital avec le nez cassé et tous les tuyaux, il était frustré de ne pas pouvoir venir dans ses bras, petit bonhomme, comment aurait il pu la protéger. Mais …

La mémoire collective, l’histoire, les normes sociales explicites et implicites imposent aux femmes un imaginaire de ce qu’elles devraient être, « du féminin » (rarement univoque et même presque toujours complètement paradoxal) vis à vis duquel il est particulièrement difficile de se sentir libre – de l’investir, de le rejeter, et toutes les nuances et choix possibles (et je vous conseille à ce propos les lumineuses analyses de Mona Chollet dans Beauté Fatale et aussi dans Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique, paru récemment). Ces modèles et injonctions sont d’autant plus réfléchies (ou en tous cas ont besoin de l’être) que les femmes ont besoin de les comprendre pour sortir d’une position de dominées dont elles ont trop souvent souffert. Notre spectacle aborde cette question, on entend la mère raconter, et dire ces phrases si tristement classiques et tellement entendues « Tu sais il rentrait, pis quand ça sonnait les filles elles ouvraient tu vois je veux dire on se méfiait pas donc euh on ouvrait et il rentrait de force après un peu mais jamais avec violence, il rentrait doucement oui oh voilà je veux discuter avec vous, je veux vous voir alors on se disait bon bah, peut être que là il est à peu près tranquille et gentil, on va peut être discuter tu vois et pis le ton montait très très vite… ». 

Mais… ces modèles et injonctions, explicites ou implicites, concernent aussi les hommes, leur devoir-être « masculin » ou « viril ». Et donc : protéger la femme fragile et violentée (d’ailleurs, un album jeunesse que lit actuellement mon fils de 3 ans sur les chevaliers n’insiste-t-il pas sur leur rôle de protecteur : dans une vignette on y voit une femme attaquée à un coin de rue par deux hommes, et le chevalier qui s’interpose pour la sauver…). Mais aussi : réagir à toute provocation, aussi absurde soit-elle, par l’action : c’est à dire : se battre (« en avoir »).

Karine.

(NB :  bizarrement beaucoup d’hommes que je connais se plaignent beaucoup, sont légèrement hypocondriaques et aiment se faire soigner par leur maman ou leur femme : est-ce leur compensation? Je suis un homme fort, alors occupez vous de moi. Effectivement c’est un schéma assez féodal si on y pense : j’ai la force / je te protège / tu travailles pour moi « en échange » – mais je m’égare peut être un peu).

 

 

 

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