On reprend cette semaine notre résidence au Théâtre de Nanterre Amandiers.
Après le travail effectué avec Bintou en janvier, Bryan a continué a explorer quotidiennement la danse.

Notre texte est écrit en partie à partir d’interviews.
Nous avons retranscrit mot à mot des heures d’enregistrement. Nous avons fait de premières coupes : les moments trop répétitifs, les digressions… Mais nous sommes toujours face à des textes très longs, et surtout nous n’avons pas encore décidé comment les traiter. En ce qui concerne les scènes-situations écrites à partir d’improvisations, ou pour la prise en compte du corps, nous avons maintenant des pistes assez solides.

Pour les interviews c’est moins clair. Le matériau s’est multiplié.  Nous avons fait plusieurs expériences (tout jouer, enregistrer les voix…). On reprend avec un travail au plus près du texte, réplique après réplique. Ne pas chercher à imiter la personne, en faire un personnage. Passer par un peu de caricature peut être pour se l’approprier, sortir de l’identification.
Après une journée de travail des décisions sont prises : les entretiens avec la mère sont transformés en monologues. Ses récits fonctionnent très bien comme tels, et les interventions courtes du personnage, à jouer, compliquaient beaucoup l’écoute. Cela fonctionne beaucoup mieux, c’est beaucoup plus fluide.
Il y a une autre très longue interview réalisée auprès de deux individus. Là aussi, on supprime, dans le jeu, celui qui interroge. On entend pas ses répliques. En face les personnages répondent, on comprend parfaitement. Cela simplifie, il n’y a plus que deux personnages à jouer au lieu de trois.

Après avoir pris ces décisions, on est soulagés, on peut commencer des coupes plus fines. C’est difficile car les scories n’en sont pas. On a choisi d’être au plus près de la parole telle qu’elle a été dite. Les hésitations, les redites, font partie du récit. Ils expriment les difficultés des personnes à se souvenir, et à raconter. La longueur a aussi du sens, elle dessine la mémoire comme un chemin sinueux et rempli d’obstacles.

Mais est ce que cela tient scéniquement? Depuis le début j’imagine un dispositif dans lequel nous pourrions entendre ces entretiens, dans leur longueur (et leur côté ennuyant aussi), mais il se passerait quelque chose en même temps sur le plateau. Peut être une diffusion sonore? Superposée au jeu à certains moments? A de la danse?
Peut être que les récits ne constituent pas des scènes à part entière, qu’ils circulent pendant la pièce, comme hantant le personnage dans sa vie quotidienne sans qu’il en ait vraiment conscience, pendant un temps au moins?
Peut être qu’on les entend, superposés à ce qui est joué sur le plateau? Ou peut être qu’ils interrompent parfois l’action pour prendre de la place et étouffer?

En réalité, la question qui se pose derrière est aussi dramaturgique, elle tient à la construction du parcours narratif dans la pièce.
Est ce qu’on suit le personnage dans la quête qui est la sienne : il se rend compte qu’il a un rapport compliqué à la violence au quotidien / il part à la recherche de son histoire et on le voit mener cette recherche, faire les interviews, chercher les documents, puis inventerune résolution?
Ou : est ce qu’on suit le personnage dans sa vie quotidienne, et ce sont des situations qui construisent le spectacle, lesquelles sont interrompues par les fragments de son histoire, qui au début viennent le hanter / l’étouffer, et progressivement se résolvent?

 

Karine

 

 

 

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